Quand on pense aux premiers habitants des îles Canaries, on pense presque toujours aux Guanches.
C'est logique : ce nom s'est répandu au point de devenir le nom donné de tous les autochtones de l'archipel.
Mais au sens strict, lles Guanches étaient les premiers habitants de Ténérife, et chaque île avait son propre peuple avec son propre nom.
Les habitants de Lanzarote s'appelaient les « majos » (également orthographiés « mahos »). Et sleur histoire, bien que moins connue que celle des Guanches de Ténérife, est tout aussi fascinante et encore plus mystérieuse.
Aujourd'hui, nous allons tout vous raconter à leur sujet, pour que vous découvriez les origines de l'île.
Qui étaient les « majos » ?
Les Majos étaient les autochtones de Lanzarote et de Fuerteventura, les deux îles orientales de l'archipel des Canaries.
La culture était très similaire sur les deux îles, ce qui a conduit les chercheurs à les étudier conjointement, même si le terme « majo » s'applique spécifiquement aux habitants de Lanzarote.
Leur origine est confirmée : ils provenaient d’Afrique du Nord, d’une région s’étendant de l’actuelle Tunisie jusqu’à la côte atlantique et de la Méditerranée jusqu’aux confins du Sahara. Ils sont, d'un point de vue génétique et culturel, les descendants des peuples berbères du Maghreb.
Le nom des « majos » : un mystère berbère
L'origine du mot « majo » reste un mystère pour les chercheurs. Plusieurs théories le relient une fois de plus à la langue berbère.
L' historien Tejera Gaspar l'associe à l'ethnie des Maxies ou Mazyes, mentionnée par Hérodote au Ve siècle av. J.-C. en Numidie (actuelle Tunisie), qui se consacrait au travail de la terre
L'ichercheur Reyes García suggère toutefois qu’il dérive d’un terme berbère, mahar (amazar), signifiant « pays, terre, patrie » ou « le lieu premier ».
Un nom dont l'origine reste encore un mystère, mais qui a toujours été chargé de sens.


Mais comment sont-ils arrivés à Lanzarote ?
L'histoire de leur arrivée et de leur installation aux Canaries est l'un des grands mystères et sujets de débat parmi les historiens et les archéologues, car il n'y a pas de réponse unique, mais plusieurs théories.
Au Xe siècle avant J.-C., la présence phénicienne à Lanzarote pourrait avoir été à l'origine, ces peuples ayant apporté avec eux d’autres cultures, comme celle des Berbères d’Afrique.
On on évoque l'expansion de Carthage au VIe siècle avant Jésus-Christ ou des comptoirs que les Romains ont installés sur l'île en recourant à une main-d'œuvre africaine.
Quoi qu’il en soit, lorsque cette présence romaine a disparu, les communautés insulaires se sont retrouvées isolées et ont commencé à développer leur propre culture, comme l'affirmait le navigateur génois Lancelotto Malocello lorsqu'il passa par Lanzarote et fit la connaissance de ceux qui se faisaient appeler les « majos ».
Cet isolement de plusieurs siècles, entre la disparition des comptoirs romains et l'arrivée des Normands au XVe siècle, correspond à la période durant laquelle la culture maya s'est développée sous sa forme la plus particulière : sans aucun contact us et en adaptant les traditions berbères aux conditions uniques du paysage volcanique de Lanzarote.
Comment vivaient les « majos » ?
Ferme les yeux un instant et imagine Lanzarote sans rien de ce que nous connaissons aujourd’hui. Sans routes, sans hôtels, sans touristes. Juste le vent, le volcan, la mer et un peuple qui a su en tirer parti.
Les Majos vivaient de ce paysage volcanique. Leurs troupeaux de chèvres, de moutons et de cochons parcouraient les mêmes pentes de lave que tu parcours aujourd’hui en voiture pour te rendre à Timanfaya. Ils tiraient parti de tout ce que ces animaux leur offraient : viande, lait, fromage, graisse… Une économie austère, certes, mais dotée d’une logique d’exploitation que les archéologues modernes ne cessent d’admirer.
Et puis il y avait la mer, qui, avec la lave, est l'un des éléments phares de Lanzarote. Les fouilles archéologiques menées sur l'île ont mis au jour de nombreux coquillages de patelles et de bernacles dans les sites majos.
Ce n’est pas anodin : ces mêmes patelles que l’on sert aujourd’hui grillées dans n’importe quel bar du littoral de Lanzarote sont celles qu’ils mangeaient il y a plus de deux mille ans. Même espèce, mêmes rochers, saveur identique.
Ils complétaient leur table avec ce que leur offrait la nature : pêche artisanale, chasse aux oiseaux, dattes, fruits sauvages et gofio, cette farine de céréales grillées qui figure encore aujourd’hui sur les cartes des meilleurs restaurants de l’île, en clin d’œil à la mémoire collective canarienne (et que vous pouvez découvrir plus en détail ici).
Une société plus sophistiquée qu'il n'y paraît
Ce serait une erreur de considérer les Majos comme une communauté simple. Leur structure sociale présentait une complexité qui surprend encore aujourd’hui les chercheurs : la famille n’était pas organisée selon la lignée paternelle, mais maternelle.
Les femmes étaient le pivot autour duquel tout tournait. Un système qu’elles partagent, curieusement, avec certaines tribus berbères d’Afrique du Nord antérieures à l’islamisation.
Et ils avaient aussi des rois. Lorsque les conquérants normands arrivèrent au XVe siècle, ils n’ont pas trouvé une simple tribu : ils ont trouvé un chef doté d’une autorité suffisante pour négocier.
Jean de Béthencourt finit par lui céder des terres agricoles dans le cadre de cet accord. Voilà à quel point il était organisé.
Une langue gravée dans la pierre
Les Majos avaient également leur propre écriture. Des inscriptions ont été découvertes sur les rochers de Lanzarote et de Fuerteventura, qui attestent de leur identité et de leurs origines.
Des chercheurs tels que Nona Perera et Juan Antonio Belmonte passent depuis des années à déchiffrer ces marques qui continuent de révéler des indices sur l'itinéraire qu'ils ont suivi pour arriver jusqu'ici.
L'héritage des « majos » : ce que Lanzarote leur doit encore
Les Majos ont été conquis, assimilés et, dans de nombreux cas, réduits en esclavage. Leur culture a été démantelée. Et pourtant, leur empreinte est présente partout à Lanzarote.
Les patelles, comme nous te le disions, faisaient partie de ses mets phares et elles restent aujourd’hui encore un plat typique et incontournable de la gastronomie de l’île.
Le gofio, aliment de base de générations et de générations de Canariens, est aujourd’hui un plat aux multiples vertus pour la santé, apprécié tant sur les îles qu’à l’extérieur, et qui trouve également son origine chez les « majos ». Tout comme la chèvre de Lanzarote, introduite et élevée par les premiers « majos » il y a déjà des centaines d’années selon leur propre système de pâturage.
Même l'art, sous la forme de ses gravures rupestres, a marqué la culture canarienne et son évolution.
Il existe sur l'île un site qui porte directement leur nom : la grotte de Los Majos, un site archéologique classé « Bien d'intérêt culturel ». C'est l'une des rares traces du nom de ce peuple dans le paysage de l'île qu'ils ont habitée pendant plus de deux mille ans.
Et qu'est-il advenu des Majos après la conquête ?
La conquête normande de 1402-1405 n'a pas été un extermination, mais bien une assimilation.
Les Majos ont été intégrés dans la nouvelle société coloniale en tant que bergers, ouvriers et soldats. Les autochtones de Lanzarote ont participé activement à la conquête de Fuerteventura en devenant soldats et archers.
Au fil du temps, les Majos se sont mélangés aux colonisateurs espagnols, portugais, normands, puis africains qui sont arrivés sur l'île.
Leur langue a disparu et leurs coutumes se sont estompées, mais leur sang et leurs habitudes les plus profondes ont continué à faire partie de l'ADN culturel de Lanzarote.